Jerome Rader

Photographe

J’ai commencé à prendre des photos « comme tout le monde » il y a plus de 20 ans (même si mes archives ne remontent que jusqu’en 2002). Pendant longtemps je ne pratiquais que la photo « souvenir » comme on l’a sans doute tous fait (photos de voyagesévénementsfamille). J’ai toujours eu en tête l’idée de « me mettre sérieusement à la photo » sans jamais y dédier le temps et/ou la motivation nécessaires, ne serait-ce que pour réfléchir à ce que j’entendais par là.

Moteur…

Premier déclic fin 2017 après un voyage de 3 mois au Mexique, à Cuba et en Colombie où j’ai pris plaisir, encore plus que lors de mes précédents voyages, à prendre des photos et surtout les éditer c’est à dire sélectionner les plus intéressantes pour construire, à partir de plusieurs centaines de clichés, un reportage cohérent et « digeste ».

J’ai acheté mon premier reflex au retour (pas tellement sur l’idée qu’un « vrai » appareil photo me permettrait de faire de meilleures photos qu’avec mon smartphone, mais plutôt parce que le fait d’engager cette dépense m’obligeait un peu à aller plus loin – je déteste le gaspillage en particulier acheter des produits dont je ne me sers pas ensuite !)

J’ai appris en autodidacte en lisant tout ce que je pouvais trouver sur internet (du bon et du moins bon…) et en pratiquant, seul ou en groupe (Meetup photo à Barcelone). Comme beaucoup j’ai d’abord étudié l’aspect « technique » (prise de vue et post traitement) et je passais sans le savoir d’une pratique « amateur » à une pratique où l’objectif est de faire « des photos qui plaisent ».

Je me rappelle tout de même avoir eu un premier éclair de lucidité fin 2018 au retour d’un road trip en Andalousie. Au moment de trier les photos de ce voyage j’ai réalisé que j’avais pris beaucoup de photos de rues vides (sans doute parce que j’aime ça) et l’idée m’est venue de créer une série uniquement sur ce thème avant de me raviser (« Ce n’est pas ce que les gens veulent voir ») et m’en tenir à un album photo « classique ».

Au bout de quelques mois de cette pratique j’ai senti que je tournais un peu en rond avec à la fois la sensation de tout savoir… et de passer à côté de quelque chose d’essentiel. De plus personnel. C’est à ce moment là que je me suis découvert une passion pour la photo de concert, faisant echo à mon vieux rêve d’être une « rock star » (j’ai essayé, mais ce n’est pas pour moi : l’envie d’être dans le public quand je suis sur scène est plus forte que l’envie d’être sur scène quand je suis dans le public ; je ne sais pas si c’est clair, enfin je me comprends).

… Action !

Fin 2019, deuxième déclic, j’ai découvert ce qu’était la photographie au sens artistique du terme, c’est à dire une pratique où le sujet et le spectateur sont secondaires, et où c’est avant tout le photographe qui s’exprime. Une photographie résolument personnelle, exactement ce que je cherchais. Sauf que cette découverte m’a fait passer de « ok je sais à peu près tout » à « ah non en fait je ne sais presque rien ! ». Étant paresseux de nature j’ai d’abord eu un mouvement de recul du genre « oh bah s’il faut bosser c’est pas pour moi ! », puis l’envie de tout effacer, ce que j’avais appris jusque là et mes 15 ans d’archives photos, pour repartir de zéro…

Et puis bon je m’y suis mis, un peu à reculons au début, je me suis « résigné » à acheter quelques livres de culture photographique, à commencer par ce pavé qu’est Tout sur la Photo, et… à les lire (là le confinement a un peu aidé, quoi de mieux que la lecture quand on est enfermé à la maison… Boire et manger, ok, mais la lecture moins dangereux pour la ligne !)

La lecture de Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique en particulier m’a éclairé sur les différentes façons de faire de la photo que j’ai évoquées dans cet article : la photo souvenir, la photo professionnelle et la photo artistique.

Cette distinction en trois champs me semble fondamentale. […] Si le photographe s’efface au profit du sujet/objet qu’il photographie, il se situe dans une pratique amateur qui cherche qu’à obtenir des images-souvenirs. S’il s’efface au profit du client (et parfois du spectateur ou du public) , le photographe est dans une pratique professionnelle et commerciale. S’il conserve « le pouvoir », sans tenir compte ni de l’objet en lui-même , ni de l’avis de personnes extérieures, il devient « auteur » ou « artiste » […]

Jean-Christophe Béchet

Ce qui est intéressant c’est d’une part qu’une même photo peut être considérée comme un souvenir, un produit commercial ou une oeuvre d’art selon l’intention du photographe ; d’autre part que ces pratiques ne sont pas exclusives, elles ne procèdent simplement pas de la même démarche.

Cela m’apparaît maintenant si naturel et évident que je me suis basé sur cette idée dans la conception de ce site, où se côtoient sans se mélanger mes photos souvenirs, ma pratique professionnelle et last but not least, mes projets artistiques :

S’il conserve « le pouvoir », sans tenir compte ni de l’objet en lui-même , ni de l’avis de personnes extérieures, le photographe devient « auteur » ou « artiste »

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